Il est temps de s'attaquer à l'un des deux monstres sacrés de l'optique russe (avec l'Helios-40) : le Jupiter-9, un 85mm ouvert à f/2. Sa formule a été calculée en 1948, fabriqué à partir de 1951 , il a été adapté en montures L39 (Leica Thread Mount ou LTM), Kiev, Automat et M39 puis M42. Profitons de la présence à la maison de deux exemplaires pour faire un petit tour d'horizon de cet objectif bourré de charme.

Cool

Le bokeh assez droit et typique
Un sujet isolé par la focale et l'ouverture
Lumineux
Des flares très intéressants
Diaphragme 15 lames

Pô cool
Qualité Jupiter aléatoire
Bague de mise au point souvent dure et pas des plus accessible

Késako ?

Le Jupiter-9 n'est pas le plus discret des objectifs (surtout si vous le prenez en silver ou gold) : il pèse entre 350 et 370G selon les versions et se fait sentir au bout du reflex. Dans les versions communes, le diaphragme se gère grâce à un système de preset côté nez. La mise au point se situe elle assez près de la monture. Sur les modèles récent, les bagues ont été optimisées pour être manipulables assez facilement même s'il y a mieux en terme d'ergonomie (l’indication de d'ouverture sur le haut n'aide pas). Sur les modèles les plus anciens, les deux bagues sont plus étroites et on cherche souvent un peu ses marques à chaque utilisation. Cela dit comme tous les objectifs anciens, on s'y fait assez vite et la fabrication est je trouve excellente, pas de jeux dans les mécanismes, map assez facile à démonter, ça sent la conception réfléchie et optimisée pour la production "à la russe".
Le système de mise au point utilise deux hélicoïdes que les vieilles graisses russes supportent assez mal : nettoyage presque obligatoire pour une utilisation fluide (en vidéo notamment) mais une fois propre, ce système offre une course vraiment agréable, juste assez courte pour être précise mais rapide.

La formule optique est copiée sur le Sonnar de Carl Zeiss, adaptée aux larges ouvertures. Elle comporte 7 lentilles en 3 groupes. Le diaphragme logé entre les deux groupes scellées permet un bloc optique de taille raisonnable pour un tel objectif. Les déformations de bord de champs sont très limitées pour une formule aussi ancienne, c'est assez épatant !

Formule optique du Jupiter-9, copie du Sonnar de Carl Zeiss, trouvée sur un blog

Deux modèles courants dans un état neuf...1984 en M42 à gauche et 1966 en M39 à droite (version gold lacquer, il est légèrement doré)

Deux modèles courants dans un état neuf...1984 en M42 à gauche et 1966 en M39 à droite (version gold lacquer, il est légèrement doré)

Alors ça donne quoi ?

F/2 sur un 85mm, évidement ça isole...ce n'est pas encore les très grandes ouvertures des Helios-40 mais pour le portrait, c'est très très bon. A pleine ouverture, les bons exemplaires sont suffisamment nets pour avoir des détails précieux et si vous cherchez une définition optimale, elle est atteinte dès f/4. Au besoin, les 15 lames du diaphragme offrent un bokeh bien rond y compris fermé : on a vraiment toute latitude en proxy ou macro pour ajuster la profondeur de champs et l'effet voulu.
Avec une bague allonge, même longue, il supportera très bien un diaphragme au delà de f/5.6. Si la lumière est présente il est possible de shooter à f/11 avec des reflets ronds et une bonne définition.

Le rendu global et caractéristique d'un Jupiter-9 est assez soft et c'est pour cela qu'on le recherche généralement. Il peut donner des ambiances très vaporeuses sans tomber dans le flou d'un mauvais objectif : ce "Jupiter Glow" ne doit pas cacher une définition mauvaise...

Dans le choix du modèle, il faut privilégier la possibilité d'un essai. La qualité est assez aléatoire et les rendus peuvent être très différents, particulièrement sur les objectifs plutôt récents (70/80/90), le prix et l'état ne présagent en rien des qualités optiques. Pour ma part j'ai trouvé un exemplaire exceptionnel illustré ici (ce silver 66) : définition excellente, coating efficace et charmant en vidéo, bokeh très rond incroyable...mais il m'est arrivé de nettoyer des silver pourris. Généralement, on considère que les anciennes versions pour rangefinder en L39 sont les meilleures, bien que très très sensibles aux flares. Encore une fois, un essai ou de nombreuses photos explicites de l'exemplaire sont souhaitables pour trouver votre J9.

Quand vous aurez trouvé le bon, il ne vous quittera plus, c'est un modèle à avoir dans beaucoup de circonstances et qui s'adapte à beaucoup de situations.

Le bokeh

Le bokeh du Jupiter-9 que je trouve typique est légèrement allongé dans le sens inverse du fameux bokeh tournant de l'Helios-44. C'est à dire que les bulles sont allongées vers l'extérieur et sont légèrement flous dans leur partie intérieure. C'est assez bien illustré ici...
Ce bokeh allongé semble typique des modèles black mais je n'ai pas testé assez d'exemplaires pour en faire une généralité.
Mon exemplaire de 1966 lui produit un bokeh au contraire très rond et net que j'avais trouvé sur un modèle black pour rangefinder (LTM)...je profiterais des prochains arrivages pour refaire quelques essais !
Dans tous les cas sur un bon exemplaire, c'est une vraie machine à effets. Que ce soit en jouant avec les flares, les 15 lames du diaphragme pour obtenir le rendu voulu, sa naturelle douceur à PO, sa longue focale : il saura s'adapter au cliché que vous voulez prendre.

Illustration du bokeh d'un Jupiter-9 de 1984 en M42 à droite et d'un Jupiter-9 de 1966 en M39 à gauche

Quelques images prises avec des Jupiter-9 85mm f/2

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