Je me décide enfin à rajouter un article sur l'un des objectifs les plus mythiques pour les fans d'optiques anciennes et particulièrement russes : le 85mm f/1.5 Helios-40 ou Helios-40-2 (pour les version M42 modernes). Avec son bokeh incroyable, surtout sur plein format, sa douceur pour les portraits, son look, son prix...il est adulé ou détesté, et surtout spéculé...Il n'en reste pas moins un incontournable, presque obligatoire dans une collection digne de ce nom.

Cool

Polyvalence pour les portraits
Bokeh magique
Construction simple et fiable, facile à nettoyer

Pô cool
Prix et spéculation (attention aux modèles lustré, modifiés...)
Douceur à pleine ouverture
Poids

C'est quoi donc ce truc que je dois absolument avoir ?

C'est un objectif russe dont le design remonte au début des années 50, produit à partir de 1957 sur la base d'un Carl Zeiss Biotar. Les premières version silver étaient en monture M39, pour SLR et non pour rangefinder (pas de tirage Leica, LTM). On trouve ensuite des montures Kiev et M42. La petite bête pèse plus ou moins 900g selon les versions ; sur un boitier c'est énorme, il était vendu et on le trouve souvent dans un joli étui en cuir marron accompagné de ses filtres de couleurs bien utiles en argentique.



Un Helios-40 85mm f/1.5 sur le boitier de Pierre Tizien

L'objectif dispose dans sa forme silver d'une très large bague de diaphragme que l'on a souvent tendance à confondre avec la mise au point au début, ainsi que d'un bague de preset de diaphragme crantée. La bague de mise au point se situe près du boitier avec des cannelures. Le système de mise au point est typique de la fabrication russe et est assez facile à nettoyée, ce sera souvent le cas pour évacuer la vielle graisse collante des années 50-60. Le système de lames lui est beaucoup plus délicat à démonter et surtout à remonter mais si vous avez l'habitude des helios-44, Jupiter-9 ou 11, Tair vous serez en terrain connu. Les versions plus récentes noires sont un peu plus ergonomiques avec une mise au point plus large, mais je les trouve moins bien conçues.
Enfin les 10 lames du diaphragme se ferment dès le premier cran en étoile de ninja, visible sur le bokeh tout de suite. Si vous n'aimez pas, cela va restreindre son usage à la pleine ouverture.

C'est quoi que ça donne ?

Autant briser le suspens de suite (comme à chaque fois non ? Il faut que je travaille ça...), c'est un objectif magique. Plein de défauts mais indispensable. Déjà, il faut avoir la possibilité à l'achat de le tester, ou d'avoir des tests mire et terrain assez complets pour avoir une bonne idée du potentiel de chaque exemplaire. Les prix ayant fortement monté et les exemplaires dispos se faisant rares en très bon état, on trouve de tout sur eBay. Les vendeurs n'hésitent pas particulièrement sur ce modèle à lustrer les corps au Dremel, à changer et mélanger les lentilles de plusieurs exemplaires, mélanger les pièces...
Les meilleurs exemplaires ne seront dans tous les cas jamais des bêtes de netteté à pleine ouverture et on ne leur demande pas cela d'ailleurs. On va surtout chercher des couleurs et contrastes très bons, un effet de glow limité à pleine ouverture (en fait le meilleur piqué possible pour un Helios-40), des lentilles propres pour éviter les traces dans le bokeh. Presque chaque exemplaire ensuite va régir différemment aux flares, aux couleurs...et selon le boitier, le résultat sera différent.
Évidement, un boitier plein format est fortement recommandé pour profiter du fort bokeh tournant (swirly bokeh) et de l'effet de bulle qui entoure le sujet (merci Pierre). Cette zone en bulle floue au centre de l'image accentue l'effet tournant et est particulièrement visible en plein format.
Concrètement le sujet ne sera jamais hyper piqué, que ce soit en portrait ou plus largement ; mais encore une fois ce n'est pas ce qu'on lui demande. Les visages ressortent avec douceur, le flou est immédiatement présent, l'effet 3D assez facile à obtenir.
Si vous avez l'occasion de fermer le diaphragme, le bokeh restera très très velouté sur une bonne partie de la course du diaph grâce à la focale un peu longue. On gagne alors beaucoup en piqué.



Petit test de bokeh entre un Helios-40 85mm f/1.5 et un Jupiter 9 85mm f/2 (cliquez sur l'image pour aller sur Flickr)

Pour finir, en macro ou proxi, ce n'est pas l'objectif à sortir, il aura peu d’intérêt face à un Jupiter-9, un Tair-11 ou face aux 85mm Canon ou Nikon. 

Mais alors pourquoi c'est l'objectif à avoir ? Une image avec un 85mm qui ouvre à 1.5, sur plein format ou APS-C, avec ce bokeh : c'est une expérience à vivre obligatoirement pour un photographe curieux. C'est beau (en portrait, sur un modèle, sur une fleur, sur un papillon...), c'est passionnant de chercher le meilleur rendu avec un tel objectif, c'est encore original, c'est indispensable. Ce n'est pas l'objectif de tous les jours, mais c'est l'objectif d'un jour (que c'est beau).

Voici quelques modestes exemples de photos prises avec un Helios-40 85 mm f1,5

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